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Panique à la Guilde

Le jour se lève à Ankh-Morpork et la lumière, comme tous les matins, se répand lentement. Et comme tous les matins, Fhèpâssa, du haut du toit de la Guilde des Assassins, la chronomètre.
« 23 secondes 81 centièmes. Elle est en forme aujourd’hui. La journée sera belle. Mauvais pour les affaires.»

Hein ??? Comment il fait pour être aussi précis ??? Ben, il a un chronomètre... Trouvé dans la rue. Il a été perdu par un héros d’une œuvre contemporaine qui s’est égaré on ne sait trop comment dans un bouquin de Pratchett, et qui dans sa précipitation pour repartir au plus vite de ce monde de malade a un peu négligé de ramasser les quelques objets tout à fait anachroniques qu’il laissa tomber d’effroi à l’instant où il réalisa dans quel livre il se trouvait...

Enfin, bref. C’est à ce moment là qu’un assassin, tout à fait insignifiant au demeurant, tellement insignifiant que je ne vais même pas me fatiguer à chercher son nom, un figurant, quoi, un qu’on ne verra plus dans cette histoire, si ce n’est au milieu d’une foule d’autres assassins, tout aussi insignifiants, qui ne sont là que pour remplir une salle ou se faire massacrer par des personnages plus importants, un assassin, donc, déboula comme un furie sur le toit.
« - Lieutenant, lieutenant, il y a un problème !!! Il y a eu un assassinat pendant la nuit !!!
- Comment ??? Mais on a déjà rempli nos quotas pour la semaine !!!
- Ben oui. C’est bien pour ça que j’ai dit qu’il y avait un problème. D’autant plus que la victime n’était pas dans la catégorie des assassinables.
- Ah, mais ça ne va pas se passer comme ça !!! Rassemblement général en bas dans 10 minutes !!! Préviens les autres. »

Une heure et demie plus tard, tous les membres de la Guilde se tenaient en rang dans la salle principale de la Guilde. Fhèpâssa les passa en revue d’un œil aussi méchant que celui d’un cambrioleur pour un coffre inviolable.
« - Et bien, tout d’abord, bravo pour la ponctualité. Ah, elle est belle la discipline de nos jours !!! Va falloir remettre un peu d’ordre dans tout ça rapidement. On se lâche, on se lâche, et au bout du compte, on se retrouve dans le pétrin. Parce qu’en ce moment on l’est, dans le pétrin !!! Vous savez tous pourquoi, je suppose... Non ??? Bon, alors j’explique. La nuit dernière, Veuhnonzen Haufé, la sous-directrice chargée du commerce klatchien, a été assassinée dans la rue. Or, non seulement les quotas de meurtres hebdomadaires ont été atteints hier midi, mais en plus, je vous rappelle que les membres de la Guilde n’ont pas le droit de toucher à ce genre de personnes. »

Coupons un instant la parole à ce brave Fhèpâssa pour apporter quelques précisions nécessaires à la bonne compréhension de la suite des évènements. À leur début aussi, d’ailleurs...
Comme vous le savez tous, à Ankh-Morpork, le crime est réglementé. Il est attribué chaque semaine un certain nombre autorisé de vols, viols, meurtres, et autres crimes divers. Avec cependant quelques restrictions. Par exemple, et c’est ce qui nous intéresse ici, certaines personnes bénéficient d’un statut qui interdit aux professionnels de les toucher. Ces personnes ne peuvent être assassinées que par des collègues ambitieux, par exemple. Les dits ambitieux ne pouvant recourir aux services de la Guilde, ils doivent le faire eux-mêmes, et n’étant pas des as du poignard, la méthode utilisée est généralement le poison. Veuhnonzen Haufé ayant été sauvagement égorgée en pleine rue, c’est donc tout naturellement que Fhèpâssa soupçonne un membre de la Guilde. D’où les remontrances. Mais rendons-lui la parole.

« - C’est pas trop tôt !!! C’est ça que vous appelez un instant ?!? Et puis d’abord, ça va pas, non, de couper les gens en pleine tirade !!! Vous ne savez vraiment pas écrire vous !!! Espèce d’amateur !!! Bon, j’en était où, moi ??? Ah, oui. Alors comme ça, on ne respecte plus les règles ?!? Parce que si ça continue comme ça, on va perdre la confiance du Patricien. C’est ça que vous voulez ??? Bon, alors qui se dénonce ??? ... Personne ??? Et bien, qui dénonce son camarade alors??? Toujours personne ??? Très bien, dans ce cas, vous êtes tous suspendus jusqu’à nouvel ordre, le temps que je fasse ma petite enquête. »

Quelques temps plus tard, sa petite enquête effectuée (c'est-à-dire les membres de la Guilde tous abondamment torturés), Fhèpâssa alla rendre ses conclusions à son supérieur hiérarchique direct, le responsable de l’annexe de la Guilde du quartier, le puissant Pouhoustoadla Keuheujmimett.

« - Ah, Fhèpâssa, enfin te voilà. Bon, tout va à peu près bien, j’ai réussi à calmer le jeu avec le Patricien. Et de ton côté, ça avance ?
- Et bien, ô, grand Pouhoustoadla, je suis assez inquiet. J’ai interrogé tous nos assassins avec ma force de persuasion légendaire (c'est-à-dire fer rouge, tenailles, tranche membres, etc.), j’ai même promis que si le fautif se dénonçait, je ne le torturerais pas trop avant de le remettre aux autorités, mais malgré tout ça, personne n’a parlé. En plus, l’un de nos gars a lui-même été tué hier, de la même manière que Haufé... Personne ne ferait ça à un collègue. J’en ai alors conclu que le coupable n’était pas de chez nous.
- Ah, alors ça doit être la Guilde des Voleurs. J’en étais sûr !!! On ne peut pas leur faire confiance !!! Ils ont toujours voulu empiéter sur notre territoire.
- Justement, ô, mon sublimissime chef, c’est là que ça devient inquiétant. Car j’ai tenu le même raisonnement que vous, et suis donc allé les voir. Mais là, ils m’ont appris qu’eux aussi avaient été victimes de larcins non autorisés (ils nous soupçonnaient, d’ailleurs...). La seule explication possible est donc que nous avons affaire à un indépendant...
- De quoi ?!? Mais mais... Mais c’est horrible !!! C’est ignoble !!! Odieux !!! Abominable !!! Ça n’a pas de nom !!! Tu te rends compte de ce que tu m’annonces là ??? C’est la fin de notre business !!! Si le crime anarchique et illégal revient à Ankh-Morpork, on cessera d’exister !!! Adieu, la Guilde !!! Tout le monde pourra faire n’importe quoi et se déclarer assassin, voleur, ou n’importe quoi d’autre comme bon lui semble !!! Et même d’honnêtes criminels comme nous se feront poursuivre et arrêter sans relâche !!! C’est atroce !!! Il faut absolument empêcher ça !!! Fhèpâssa, je te charge de retrouver cet ignoble individu. Je te donne tous les moyens nécessaires et les pleins pouvoirs, mais stoppe le au plus vite !!!
- Très bien, ô, votre grandissime seigneurie, je m’y attelle à l’instant. »

Fhèpâssa s’y attela donc à l’instant. Il alla en premier lieu voir la Guilde des Voleurs afin d’obtenir leur aide. Et l’obtînt. Un voleur du nom de Houkilé se joignît à lui pour mener l’enquête. De leur côté, Pouhoustoadla Keuheujmimett et un responsable de la Guilde des Voleurs, Salkon Daryvist, informèrent le Patricien de la situation, et celui-ci, conscient de la gravité de la chose, les assura que leurs enquêteurs auraient le champ libre dans leurs investigations.

Fhèpâssa et Houkilé commencèrent donc leur enquête, par une journée plutôt maussade (32 secondes 67, très bon pour les affaires, on n’a pas le temps de voir venir ce qui nous arrive...). Ils se rendirent en premier lieu à l’endroit du premier assassinat, dans le quartier Khaurrs, et cherchèrent des témoins. Mais personne n’avait rien vu, rien entendu... Aussi loquaces qu’un banc de carpes auxquelles on aurait arraché la langue... Faute de mieux, et sans grande conviction, ils examinèrent l’endroit, à la recherche d’indices éventuels. Partout, dans les coins, les recoins, les poubelles... Tout ce qu’ils récoltèrent au final, ce fut une odeur de poubelle solidement accrochée à la peau, plus quelques pièces que certains passants peu au courant des raisons de leur présence ici leur lancèrent, pris de pitié devant ces deux pauvres bougres réduits à trier les déchets des autres pour survivre... Ah, le chômage !!! Quel fléau !!!
Pourtant, alors qu’ils s’en allaient, Houkilé remarqua une chose étrange. Des traces de sabots semblaient suivre les traces de pas de Veuhnonzen Haufé. Etrange...
Ils allèrent ensuite à l’endroit du deuxième meurtre. Ici, les témoins se montrèrent un peu plus bavards. Apparemment, la victime suivait une étrange silhouette lorsque cette dernière le remarqua et lui fit son affaire. Et, là encore, des traces de sabot... Quel criminel travaillerait en sabots ??? Serait-ce un paysan souhaitant se reconvertir dans une profession moins soumise à la concurrence déloyale des pays du Tiers-Disque ??? Cependant, lesdites traces étaient ici fort facile à suivre. Fhèpâssa et Houkilé les suivirent donc fort facilement. Et aboutirent à une petite maison, dans laquelle ils firent irruption, arme au poing et sourire sadique au visage... Et se retrouvèrent poitrine à nez avec un petit vieux tout vieux, ayant à peine la force de marcher, et ne portant même pas de sabots...

« - Oui, bonjour messieurs, comment puis-je vous aider ? Que voulez-vous ? Une lettre d’amour, de démission, ou autre ?
- Euh, excusez-nous, mais nous sommes à la recherche d’un ignoble malfaiteur, et...
- Ah, mais c’est que je ne suis pas malfaiteur moi, monsieur, mais écrivain. Vous êtes sur que vous n’êtes pas intéressé par une petite lettre de menace, ou autre chose ???
- Non merci. Mais c’est que, enfin, on a suivi des traces qui nous ont menés jusqu’ici, donc nous...
- Des traces ??? Quelles traces ??? Je ne suis pas sorti depuis presque une semaine vous savez.
- Ben, oui, des traces, qui venaient jusque dans votre maison, quoi, alors...
- Ah !!! Mais attendez, ça doit être mon locataire !!! Il avait l’air si gentil, je ne l’imaginais pas être un ignoble malfaiteur.
- Et... Il porte des sabots, ce locataire ??? Parce que...
- Des sabots ??? Non. Enfin, oui... Euh, si on veut, en fait... C’est assez spécial... Mais ça doit bien être lui que vous cherchez.
- (Il commence à m’énerver çui-là, à tout le temps me couper la parole...) Et... Où peut-on le trouver, votre...
- Oh, il doit être encore en train de dormir, à l’étage. Il est rentré tard hier soir, et il... »
- Merci beaucoup de votre aide. (Hé hé, chacun son tour, non mais, moi aussi je sais couper la parole aux gens !!! C’est bien fait !!!) Houkilé, tu restes ici pendant que j’interroge notre ami ? »

Pendant que Fhèpâssa sortait de son sac les instruments nécessaires à tout bon interrogatoire persuasif, et se dirigeait ensuite vers les chambres, Houkilé fouina un peu dans la pièce, et trouva quelques bouquins bizarres qui l’intriguèrent fort, et se fit donner quelques précisions par l’écrivain. C’était de la... comment il a dit, déjà ? Ah, oui, fente-haie-scie. Des bouquins avec un drôle de titre. « Les annales le la Sphère-Monde ». Des histoires bizarres. Un monde sphérique, qui tournerait autour de son soleil. Et qui tiendrait tout seul, comme ça, sans éléphants... Ni tortue... Un monde où la magie n’existerait pas, et serait remplacée par la, euh... taie-queue-nœud-haut-loge-git ??? Enfin bref, un monde totalement farfelu, quoi...
Alors qu’il commençait à se poser des question sur la santé mentale de l’écrivain, un certain Harry Cretteptt, il vit revenir Fhèpâssa, le visage blanc, le sourire sadique envolé...
« - Et bien Fhèpâssa, qu’est-ce qu’y t’arrive ??? Je l’ai même pas entendu crier !!! Aurais-tu donc perdu de ta force de persuasion ?!?
- Euh... T’aurais pas une scie, par hasard ?
- Une scie ???
- Oui. Ou une hache... Viens voir, tu comprendras... »

Un peu dubitatif, Houkilé monta dans la chambre. Et compris la réaction de Fhèpâssa, en voyant, tranquillement assis sur le lit, un pantin de bois. Vivant.
« - ??? » s’étonna Houkilé.
« - !!! » répondit Fhèpâssa.
« - ... » tenta de s’enfuir le pantin.
Mais Houkilé l’attrapa, l’assit fermement sur une chaise et lui braqua la lumière qu’il aurait bien voulu aveuglante d’une bougie dans les yeux. Mais bon, on fait avec ce qu’on a...
« - Grmbl, je déteste les mages et leurs conneries. Bon, alors comme ça, c’est toi qui veux notre perte, hein ???
- Moi ??? Mais non, pas du tout, pourquoi ???
- C’est bien toi qui as tué Veuhnonzen Haufé, un assassin de la Guilde, et détroussé cinq hauts responsables sans même l’accord des Guildes respectives aux méfaits sus-cités ???
- Ben oui, mais c’est mon papa qui m’avait dit de le faire. Sauf pour l’assassin. Lui c’est parce qu’il m’avait surpris.
- Ton papa hein ? Et... C’est qui, ton papa ???
- J’le dirai pas.
- Ah oui ??? Tu sais ce qui arrive aux marionnettes peu coopératives ??? rétorqua Houkilé, affichant à nouveau son rictus sadique, et sortant un rabot de sa poche (Oui, parce que Houkilé se promène toujours avec un rabot dans sa poche. Ça peut toujours servir, qu’il dit. La preuve...).
- NON !!! Pas le rabot !!! Non !!! Bon, d’accord, je dirai tout !!! Mais rangez ça !!! Sadique !!! C’est Je-Pète-Haut qui m’a construit.
- Je-Pète-Haut, hein ??? Depuis le temps que j’essaie de fracturer son entrepôt, à celui là... Jamais réussi. Alors non seulement il empêche les honnêtes voleurs de faire leur boulot, mais en plus maintenant il pratique la concurrence déloyale !!! J’ai bien envie d’aller lui dire deux mots à celui là. »

À la nuit tombée (ne vous inquiétez pas, elle ne s’est pas fait trop mal), ils partirent donc tous les trois chez Je-Pète-Haut. À son entrepôt. Qui est accolé à sa maison. Parce que c’est plus pratique. Pour lui. Mais aussi pour les besoins de l’histoire. Mais une fois là-bas, encore fallait-il y entrer. On n’essaie pas sans succès pendant trois ans pour y arriver juste la fois précise où c’est vraiment important. Bon, je pourrais le faire, bien sûr, mais ce ne serait pas crédible... Comment, ça, de toute façon le reste non plus ??? Bon, d’accord, le reste non plus. Mais en fait, ça me gâcherait le gag minable qui va suivre... Fhèpâssa reprit donc sa tête de psychopathe.
« - Bon, alors maintenant, tu vas gentiment nous dire comment entrer là-dedans.
- Ben, il suffit d’ouvrir la porte.
- Sans blague ??? Je m’en doutais pas du tout dis donc. Et... comment on fait pour l’ouvrir ???
- En tournant la poignée.
- Bon, continue de te foutre de ma gueule comme ça et je te jette en pâture aux termites.
- Fhèpâssa !
- J’vais m’gêner, tiens !!!
- Non, Fhèpâssa, regarde... Je veux dire... Il a raison... C’est ouvert...
- Ah ??? Tiens, oui.
- Si c’est pas malheureux... Depuis le temps que je m’acharne dessus... C’est toujours ouvert comme ça ???
- Ben, oui. Les techniques des voleurs consistent à entrer par des portes verrouillées. Elles sont totalement inefficaces sur des portes déjà ouvertes.
- C’est sournois, ça... »

Ils entrèrent donc, Houkilé maugréant quelques phrases relativement inaudibles, mais dans lesquelles on devinait cependant des mots tels que « putain, trois ans », « quel con », ou encore « totalement déloyal », ainsi que beaucoup de « fait chier », ce qui devait certainement signifier quelque chose dans le style : « Je n’ai pas fait preuve d’une très grande perspicacité sur cette affaire, et cela est fort dommage car j’ai par là même perdu un temps assez important ainsi que pas mal d’énergie, que j’aurais pu mettre à profit sur d’autres activités plus lucratives. Mais il faut également avouer que Mr Je-Pète-Haut n’a pas été très fair-play sur ce coup-là. Je le déplore. »
Mais Je-Pète-Haut, qui a le sommeil très léger et l’ouïe très fine, les entendit. Oui, bon, je sais c’est un peu gros... Oui, d’accord, très gros, même... Mais j’allais quand même pas non plus lui mettre un système de télésurveillance dans la maison... Parce qu’à ce moment là j’aurais dû trouver à justifier l’existence de l’électricité... Et ça aurait été encore plus gros...
Je-Pète-Haut arriva donc en courant, mal réveillé, dans une robe de chambre ridicule (Vous êtes libre de l’imaginer comme vous le voulez, rose à éléphants bleus, ou jaune avec des petits cœurs octarine, on s’en fout, du moment qu’elle est ridicule. Chacun a sa propre conception du ridicule. Hein ??? Pourquoi ridicule ??? Ben... parce que !!! Pourquoi pas ??? C’est rigolo !!! Non ??? Et pis d’abord, j’ai pas à me justifier !!! C’est moi l’auteur, je fais ce que je veux !!! Non mais !!! Et si vous n’êtes pas content, ben c’est pareil !!! De toute façon personne ne vous force à lire !!! En plus, c’est gratuit !!! Si j’écris cette histoire affligeante, c’est par pur altruisme, alors arrêtez un peu de m’emm... avec vos réflexions à la con !!! Bon, c’est malin, maintenant vous m’avez mis en colère avec vos conneries. J’en ai presque envie de tout planter là et de vous laisser vous démerder tout seul pour deviner la fin... Mais je vais quand même continuer. Pour vous. Ma bonté me perdra... Et maintenant, je vais fermer cette parenthèse tellement longue que tout le monde a oublié que ça en était une. Et a aussi oublié ce qu’il se passait dans cette palpitante aventure. Et bien, vous n’avez qu’à relire quelques lignes en arrière, bande de flemmards, je ne vais non plus vous le réécrire, je suis encore plus flemmard que vous !!! Bon, ça y est, c’est fait, vous avez relu ? On peut retourner à l’action, alors ? Oui ? OK, on y va, c’est reparti !), et en maugréant lui aussi pas mal de « fait chier », mais ceux-là étaient plutôt dans le genre : « Vraiment, on n’a pas idée de s’introduire chez les honnêtes gens à une telle heure de la nuit. J’espère que ces intrus ont une excellente raison de troubler mon repos, sans quoi je me verrais malheureusement dans l’obligation de sévir afin que pareil incident ne se reproduise plus à l’avenir ».

« - J’adore votre robe de chambre !!! (Pour Houkilé, elle est mauve avec des cœurs rouges et des ‘Maman je t’aime’ roses.)
- Super, vraiment. (Pour Fhèpâssa, elle est plutôt bleu rayé de marron et mouchetée de petites taches grises.)
- Bon, messieurs, je suppose que vous ne vous êtes pas introduit chez moi pour parler chiffon. Alors qu’est-ce que vous voulez ?
- Vous détrousser ! répondit Houkilé
- Vous tuer ! rétorqua Fhèpâssa.
- Ou les deux ! renchérirent-ils en cœur.
- Ben voyons ! Rien que ça ! Et pourquoi donc ?
- Vous pratiquez la concurrence déloyale et illégale !!! Comment d’honnêtes voleurs et assassins comme nous pourraient-ils survivre face à des enflures de votre espèce ?!? Et en plus, devinez qui c’est que la Guilde des Marchands va soupçonner pour les crimes odieux et totalement illégaux que vous avez commis ? Certainement pas vous !
- Ah, parlons-en de la concurrence !!! Ce serait bien qu’i y en ait un peu plus !!! Votre situation de monopole total est intolérable !!! Vous pratiquez des prix prohibitifs, même pour un simple et minable vol à l’étalage !!!
- N’empêche, nous devons mettre fin à vos agissements.
- Peuh, de toute façon, je suis intouchable, vous le savez bien.
- On a le Patricien de notre côté.
- Le Patricien, peut-être, mais la Guilde des Marchands, non. Et si on ajoute mon assassinat aux autres méfaits illégaux que j’ai commis, mais que comme vous l’avez dit, la Guilde mettra sur votre dos, vous serez bien dans la merde. »
A ce moment là, Houkilé attrapa une torche qui se baladait dans le coin.
« - Je vous somme d’obtempérer sur-le-champ! Nous tenons votre... euh... marionnette en otage, et si vous n’accédez à nos demandes immédiatement, je l’enflamme illico ! (Ouah, ç’que j’cause bien, moi !)
- Bof, de toute façon, je parie que c’est ce sale petit traître qui vous a menés jusqu’ici. Vous pouvez bien en faire ce que vous voulez, parce que moi, si je l’attrape, il ira faire un tour chez le menuisier. »

Un peu désemparé, Houkilé regarda frénétiquement autour de lui. Puis soudain, il rayonna comme un pédophile venant d’apprendre qu’il est papa, et bondit à l’autre bout de la pièce vers quelques sacs terrorisés qui se blottirent tout tremblants les uns contre les autres.
« - Rendez-vous, ou je brûle ces sacs !!!
- Pfff, vous croyez vraiment que la perte de quelques sacs puisse me chagriner beaucoup ?
- Ah, mais il ne faut pas me prendre pour plus bête que je ne le suis ! Depuis le temps que j’essaie d’entrer ici, je suis bien renseigné ! Par exemple ; je sais très bien que ces sacs contiennent les semences des vignes rebrousse-temps qui ont donné le vin de l’année dernière ! Vin que vous avez déjà vendu et qui se trouve actuellement sur un bateau voguant vers le royaume Shaalbruttien. Donc si ces sacs sont détruits, et bien le vin disparaîtra. Et les shaalbrutts penseront logiquement que vous les avez roulés. Et ils seront très en colère contre vous. Et vous savez ce que les shaalbrutts font aux gens qui les mettent en colère... »

Pendant que Houkilé faisait son petit discours, le visage de Je-Pète-Haut se décomposait comme une huître ouverte abandonnée en plein désert par une journée particulièrement chaude. Il essaya néanmoins de conserver l’air hautain. Mais essayer de conserver l’air hautain quand on a des valises sous les yeux, le visage décomposé, une robe de chambre parfaitement ridicule et qu’on bâille toutes les cinq secondes, ce n’est pas très facile. Et ça prête plus à rire qu’à impressionner. Cependant, soucieux des apparences, afin de garder toute crédibilité et grâce à de monumentaux efforts, nos deux compères parvinrent à retenir leur hilarité. Enfin, quand je dis ‘nos deux compères’, c’est une expression, hein. Ils ne nous appartiennent pas vraiment. Ni à vous, ni à moi. Enfin, un peu plus à moi qu’à vous, quand même, puisque c’est moi qui les ai créés. ‘Mes deux compères’ aurait donc été plus juste. Mais ce n’est pas très joli. Alors on va rester sur ‘nos’. Oui, je sais, du coup tout ce blabla était un peu inutile, mais il fallait quand même préciser, afin de clarifier les choses. Si, si, je vous assure ! Mais reprenons donc le cours anormal de l’histoire.

« - Bon, d’accord, vous avez gagné. Qu’est-ce que vous voulez ?
- Et bien, tout d’abord que vous cessiez à l’avenir d’empiéter illégalement sur notre territoire. En guise de dédommagement, on repassera demain avec les collègues vous soulager un peu de quelques marchandises dont vous voulez certainement vous débarrasser... Ensuite, pour prix de notre silence sur la manière d’ouvrir l’entrepôt, nous viendrons régulièrement voir si vous n’avez pas quelques petits trucs dont vous ne voulez plus et qui pourraient nous intéresser... Voilà, c’est à peu près tout. Mais n’oubliez pas, on vous a à l’œil ! Ah oui, et je voudrais aussi l’adresse de votre tailleur. Votre robe de chambre est vraiment géniale !!! »

Fhèpâssa et Houkilé ayant ainsi accompli leur mission avec succès, ils pouvaient rentrer tranquillement chez eux en rendre compte à leurs chefs respectifs. Quand la voix du pantin, qu’on avait un peu oublié jusque là, retentit (au début, je voulais l’appeler Pine-Au-Chaud, mais finalement j’ai pas osé...).
« - Ben, et moi alors, qu’est-ce que je deviens dans tout ça ???
- T’en fais pas, lui répondit Fhèpâssa en l’entraînant avec lui, tu peux venir avec moi à la Guilde. Tu nous seras certainement très utile cet hiver... »

(EN)FIN

Laurent Beffara